L’univers

Tenancier de La Table des Dés

Dado

Trois dés, un seuil annoncé d’avance, un visage incapable de mentir. La table la plus propre de la nuit.

« Je te le dis avant de lancer : il faut 8, et ça montera. Je ne sais pas faire les surprises. »
Dado

Le café de la grand-mère

Dado a grandi dans l’arrière-salle du café de sa grand-mère, où les vieux jouaient aux dés en pariant des cigarettes. C’est elle qui lui a donné son prénom : dans sa langue, dado veut dire dé. Elle lui a aussi laissé sa seule doctrine — un dé honnête est la seule chose au monde qui ne doit rien à personne.

Adulte, il a chassé les tricheurs pour les salles de jeu : l’homme debout au bord des tables, qui repère les mains sales. Il était doué pour une raison vexante : incapable de mentir lui-même — son visage annonce tout, on l’a testé, il perd à chaque fois —, il voyait chez les autres le millimètre de théâtre en trop. On finit par se méfier de tout quand on est le seul à ne pas savoir jouer la comédie. Lui, ça l’a rendu calme.

La table qui annonce son prix

Sa table est la plus accusée de la nuit — le hasard fait toujours des mauvais perdants —, alors les tenanciers y ont mis le seul homme que la triche refuse. Dado ne touche jamais les dés : c’est vous qui lancez. Il annonce le seuil avant qu’on s’assoie — 8 pour commencer, 14 au bout des six paliers — parce que sa table dit son prix d’avance, comme lui. La relance est la seule miséricorde qu’il accorde : une par manche, pas deux. La nuit non plus n’en accorde qu’une.

À l’aube, au bowling, quand il faut compter les mains vides pour désigner la table du jour — rendre la monnaie : la plus cruelle de la veille paie au palier supérieur —, Dado annonce son total sans notes, et personne ne vérifie jamais : son visage suffit. Sal l’agace, à répondre juste mais jamais tout ; pour Dado, dire vrai par petits bouts, c’est déjà une façon de mentir. Cassandra, elle, le repose : elle se souvient de tout, donc il n’a rien à prouver.

Pourquoi pas de surnom

Pas de surnom, et il a sa réponse toute prête : un surnom, c’est un deuxième nom pour les gens qui ont deux visages ; il n’en a qu’un. La vraie raison est ailleurs, et il ne la dira pas. Un surnom, on ne le choisit pas, on vous le donne — et le sien serait fatalement « l’Honnête ». Porter ça en enseigne, c’est inviter la nuit entière à venir vérifier. Alors il reste Dado, et il ne joue jamais, à aucune table, pas même la sienne : son visage montrerait l’envie de relancer. Et l’envie, chez un tenancier, c’est le début de la triche.

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