L’univers

Tenancier de La Table des Cerveaux

Sal « la Calculette »

Il répond toujours exactement à la question posée, rien de plus. C’est fou le nombre de gens que ça ruine.

« Deux bien placées. C’est tout ce que je dirai — et c’est déjà plus que ce que la nuit t’offre d’habitude. »
Sal « la Calculette »

Plus vite que la machine

Le surnom est venu d’un comptoir. Sal y donnait les cotes de tête — n’importe quoi, un match, une pluie, un mariage — plus vite qu’on ne pouvait les vérifier. Un soir, quelqu’un a posé une calculette à côté de lui pour le prendre en défaut : la machine a confirmé, en retard. La rue a trouvé ça très drôle. Le nom lui est resté dessus comme une étiquette de prix.

Avant le Pacte, il tenait les livres des deux Maisons qui se faisaient la guerre — les deux, sans le dire à aucune. Il savait au dollar près ce que coûtait chaque vitrine cassée, chaque videur acheté, chaque semaine de représailles. Quand le Flamant Royal a brûlé, Sal n’a pas pleuré. Il a additionné. Certains chagrins font du bruit ; le sien faisait un total.

Une vérité par tour

Sa table dit une seule vérité par tour : combien sont bien placées. Pas lesquelles, pas où — combien. Sal trouve que c’est la définition exacte de l’honnêteté : une information juste et avare, à charge pour vous d’en faire quelque chose. Le code passe de deux à quatre filles, le panel de quatre à huit, et l’on a quatre à cinq essais : assez pour une tête froide, trop peu pour un vaniteux. Sa table trie exactement ce qu’elle prétend trier, et il n’en changerait pas une règle.

Sa neutralité n’est pas une vertu, c’est une assurance : un homme qui a compté pour tout le monde sait trop de choses, et un coffre neutre est un coffre que personne n’a intérêt à ouvrir. Chaque aube, au comptoir du bowling de Banlieue, il retrouve Dado et Cassandra : chacun annonce combien de mains vides sa table a renvoyées, et la plus cruelle de la nuit devient la table du jour — elle paiera au palier supérieur. Ils appellent ça rendre la monnaie. Rien n’est écrit, évidemment. Sal fait l’addition, et les deux autres le surveillent en souriant.

Le chiffre du bowling

On raconte que ce qui a décidé les Sept Enseignes, la nuit du bowling, ce ne sont pas des serments : c’est un chiffre. Le coût exact de la guerre, calculé par quelqu’un qui tenait les livres des deux camps, posé au milieu de la table comme une pièce à conviction. Sal ne confirme jamais. Mais demandez-lui combien a coûté l’incendie du Flamant Royal : lui qui n’a jamais arrondi de sa vie répond « trop » — et change de sujet. C’est la seule somme qu’il refuse de détailler. Les curieux en concluent ce qu’ils veulent ; c’est exactement ce qu’il leur laisse.

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