Conseiller du Boss
Le Mentor
Il a tout tenu, tout vendu, tout compté. Maintenant il prête le départ, regarde si tu sais rendre… et si tu sais faire sourire tes filles.
« Fiston, retiens un chiffre à la fois. Ce soir : sous 25 de Bonheur, tes artistes deviennent des cibles. Et une cible, ça se débauche… avec un sourire. »
L’homme qui comptait le Flamant
Avant la voix, il y a eu un tabouret de caissier. Le Mentor a tenu les livres du Flamant Royal, le plus beau cabaret de la côte : la recette, les cachets, les fournisseurs de velours. Quand tout a brûlé en une heure et quart, il est resté le seul à savoir exactement ce que valait ce qui n’existait plus. On dit que c’est cette nuit-là que les chiffres l’ont pris pour de bon — quand on n’a plus de murs, un total juste tient chaud.
Ensuite il a fait le chemin entier. Une Maison montée dans un garage, une enseigne, les quatre villes, des disques pressés l’un après l’autre. À Tokyo, il est devenu ce que la nuit appelle une légende : quelqu’un qu’on ne voit jamais redescendre. Il est redescendu quand même. Il n’y avait pas de cinquième ville, et un homme qui a fini le tour n’a plus de raison de tenir des murs. Il a rendu l’enseigne, gardé le nom, pris une table au fond d’un bar de Banlieue.
Sept étapes, puis la porte
Aujourd’hui, il repère les débutants qui disent bonsoir au videur en premier. À ceux-là, il offre trois choses : une avance — de la main à la main, sans papier —, sept étapes pour apprendre le métier, une par Enseigne, dit-il, et Sugar. Sa première artiste sera cette âme de la rue au calme inusable, parce qu’un premier soir sans quelqu’un qui connaît les deux sorties est un premier soir perdu. Pourquoi un inconnu ? Parce qu’après l’incendie, quelqu’un lui a prêté sa première caisse sans donner son nom, avec une seule consigne : tu rendras à quelqu’un d’autre. Il rend depuis.
Puis il s’efface, et c’est calculé comme le reste. Sept étapes, pas huit : un conseiller qu’on retient devient une béquille, et une Maison à béquilles tombe au premier courant d’air. Alors il ne reste que par messages — des tuyaux chiffrés, jamais deux à la fois. Un chiffre exact, dit-il, c’est une politesse : ça évite à l’autre de payer pour apprendre. Tout ce qu’il sait a un prix d’origine ; il fait juste profiter du tarif de gros.
La clé plate
Le bowling, il n’en parle pas — et c’est bien le problème. Tout le monde jure y avoir été, cette nuit-là, et tout le monde insiste. Lui, jamais. Quand on lui demande, il regarde son café et change de chiffre. Reste un détail : sur son trousseau, une clé plate, sans marque, qui n’ouvre rien chez lui. Le bowling de Banlieue a changé toutes ses serrures depuis — toutes, sauf celle de l’arrière-salle. Personne n’a encore osé lui demander d’essayer. Il paraît qu’il attend la question. Il paraît aussi qu’il a fait faire la clé exprès. Les deux sont possibles ; c’est ça, une légende.







