Platinum · Créature de la Nuit
Tirésias
Il annonce le pire avec une exactitude d’horloge, et c’est pour ça que le pire a cessé de venir
« Avant, personne ne me croyait. Ici, tout le monde prend des notes. J’aurais dû déménager il y a des siècles. »
D’où il vient
Il est entré un soir dans un bar de la Rue de la Soif, a demandé un verre d’eau et conseillé à la patronne de sortir la caisse avant deux heures. À deux heures dix, le rideau tombait sur tout le pâté de maisons ; la patronne, qui avait haussé les épaules, a mis trois mois à s’en remettre. La deuxième prédiction, on l’a écoutée. La troisième, on l’a payée.
Sur son passé, il lâche des miettes qui ne rassurent personne : une ville de tours qui a brûlé parce qu’on riait de lui, un don reçu comme un cadeau et retourné comme une punition. Vraie histoire ou légende bien portée, nul ne tranche — la mèche blanche et l’œil d’or du bandeau n’aident pas à choisir. Il laisse planer, en homme qui sait que le doute aussi se facture.
Sa manière
Tirésias travaille tard, aux heures où la ville croit que rien ne la regarde. Posté dans la pénombre d’un club ou sur un balcon éteint, il voit venir les ennuis des jours avant tout le monde et les date comme d’autres datent les rendez-vous : la descente de jeudi, la trahison du mois prochain, la faillite d’après. Dans son district, le malheur prévient — et donc renonce presque toujours : les gars qu’il couvre travaillent tranquilles, et les rares fois où ça tourne mal, on s’aperçoit qu’il avait déjà fait évacuer.
Ce qui le tient debout
Rien ne l’émeut, et ce n’est pas de la pose : quand on a déjà vu la fin de tout, le désordre du présent ressemble à une répétition générale. Ce flegme fait de lui la meilleure école de la ville — aux heures creuses, il apprend aux jeunes à lire les signes, les plaques d’immatriculation trop propres, les silences qui précèdent. Il ne promet jamais que tout ira bien ; il promet qu’on le saura avant. Ses élèves dorment mieux que quiconque, ce qui est une revanche discrète sur sa propre légende.
Son école
Créature de la Nuit
L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.
Son tempérament
La Cool
Elle a vu brûler deux clubs et un mariage sans poser son verre ; à quatre heures du matin, c’est elle qui note l’heure et demande si on rejoue… ou si on rentre ensemble.



