Les 243 filles

Platinum · Hôtesse d’Élite

Éros

Docker ou magnat, chacun sort de son salon convaincu d’avoir été le préféré… et d’avoir bien payé

« Tout le monde est mon préféré. Cinq minutes. Après, le suivant. C’est de l’amour… professionnel. »
Éros

D’où il vient

Le vestiaire d’un palace de Las Vegas : des kilomètres de manteaux, et dans chaque manteau, une vie. On lui tendait un vison ou un blouson mouillé, on repartait allégé de bien davantage. Il écoutait tout le monde avec le même appétit — croupiers en fin de service, magnats en début de divorce, danseurs entre deux revues. Salon après salon, étage après étage, il est monté sans jamais pousser personne dans l’escalier, ce qui, à Las Vegas, constitue un exploit.

Le nom, ce sont les habitués qui le lui ont donné, à force de répéter qu’au vestiaire du fond officiait le dieu de l’amour. Il a trouvé la fiche de poste exacte. Il l’a gardée.

Sa manière

Le scandale, c’est qu’il n’y a pas de technique. Le protocole, il le connaît par cœur — l’école des salons l’a dressé comme les autres — mais son secret tient debout tout seul : les gens l’intéressent vraiment. Il retient le prénom du chien du docker et l’anniversaire du magnat avec la même tendresse exacte, et chacun, du comptoir aux étages, paie mieux sans comprendre pourquoi il est si content de le faire. Tous les publics, sans exception ; personne n’a l’équation.

Mentir, en revanche, lui est physiquement impossible. Il a dit un jour à la Doyenne de Las Vegas, en face, que son café était imbuvable. Tout le monde le savait ; lui seul l’a dit. La Doyenne en parle encore, avec une nuance d’admiration.

Ce qui le tient debout

Star jusqu’au bout des gants : la lumière la plus chaude, le silence quand il entre — puis il embrasse le videur et demande des nouvelles du petit. Les gars viennent à lui tout seuls ; il les place, les présente, les marie parfois à leur métier, et ses salons tournent à l’affection et au protocole, dans cet ordre. Les journaux le disent rival d’Adonis ; à cinq heures, ils partagent des nouilles, et personne ne veut le croire. Son plan de fin de carrière est public : mourir très vieux, très riche, très aimé, avec un cortège qui bloque quatre villes. Tout le monde repart persuadé d’être unique. C’est son génie. Et son business model.

Son école

Hôtesse d’Élite

L’école des salons enseigne le protocole comme un art martial : la durée exacte d’une poignée de main, le silence qui vaut une question, la façon de refuser un verre sans refuser la personne. On y apprend les codes des gens qui possèdent des étages entiers ; on y perd la spontanéité, rangée quelque part avec les vieilles baskets. On reconnaît une Hôtesse d’Élite à sa posture — le dos raconte l’école avant la bouche — et à ceci qu’elle ne demande jamais deux fois : la première suffit. La deuxième, c’est la facture.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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