Bronze · Âme de la Rue
Ciel
Il travaille en plein jour, tête dans les nuages et recette dans la poche
« Le cumulus de mardi avait raison. Comme d’habitude. Vous devriez monter plus souvent. »
D’où il vient
Le toit de son immeuble de la Banlieue, une dalle grise entre deux antennes, c’est là que Ciel a installé son cabinet. Il y monte depuis l’enfance pour lire l’avenir dans les nuages — les cumulus pour les affaires de cœur, les cirrus pour l’argent, et un certain nuage en enclume qu’il refuse de commenter. Personne n’y croit, officiellement. Officieusement, la fréquentation du toit grimpe à chaque coup dur du quartier, et il y a des habitués.
La nuit l’a croisé par hasard, un matin où un gars de Maison, secoué par un rideau de la veille, était monté chercher un horoscope de secours. Ciel lui a servi un thé tiède, un nuage favorable et deux conseils d’une justesse embarrassante. L’histoire a circulé. On est venu le chercher — au sens propre : il a fallu le faire descendre du toit.
Sa manière
Ciel est le contre-emploi du milieu : il travaille quand il fait jour. Pendant que ses collègues dorment, il tient le trottoir au soleil — marchés, terrasses, sorties de bureaux — et rapporte des recettes d’heures que tout le monde croyait mortes. Sa méthode est un lent sourire : il ne court après personne, il est simplement là, tête levée, l’air de savoir quelque chose d’agréable sur vous, et les passantes traversent pour vérifier. Le soir venu, il rend son secteur aux créatures de la nuit et va se coucher, ce qui reste, dans sa profession, l’excentricité suprême.
Ce qui le tient debout
Le flegme, épais comme une couette. Rien ne presse Ciel, rien ne l’affole ; il a vu tellement d’orages arriver et repartir qu’il accorde aux catastrophes un délai avant d’y croire. Ses heures creuses se passent allongé, à faire la seule chose qu’il appelle du travail : regarder le ciel. Les débutants montent le voir en douce, redescendent avec un conseil et l’envie bizarre de revenir apprendre autre chose. Il dit qu’il repère les talents comme le beau temps : longtemps à l’avance, et sans se lever.
Son école
Âme de la Rue
L’école de la rue enseigne une seule matière : les gens, en version non maquillée. Tenir un cercle de badauds avec deux gobelets et une histoire, lire une poche, sentir une embrouille trois minutes avant qu’elle arrive. On y gagne un instinct que rien ne remplace ; on y perd le goût du confort — le velours l’ennuie, elle trouve que ça sent le piège. On reconnaît une Âme de la Rue à ceci : elle compte la salle avant d’y entrer, connaît les deux sorties, et parle au videur comme à un cousin… qui lui doit un service.
Son tempérament
La Cool
Elle a vu brûler deux clubs et un mariage sans poser son verre ; à quatre heures du matin, c’est elle qui note l’heure et demande si on rejoue… ou si on rentre ensemble.



