Bronze · Hôtesse d’Élite
Pompon
Deux pompons, trois slogans, et la pire soirée de la saison devient une finale à domicile
« Y a pas de petits matchs. Y a que des gradins mal chauffés. »
D’où il vient
Pompon a grandi au bord d’un stade de Banlieue, dans une famille où l’on se transmettait les places en virage comme des bijoux. Il a intégré l’équipe des cheerleaders à quatorze ans et compris très vite une chose que les entraîneurs refusaient d’admettre : les gens ne venaient pas pour le match, ils venaient pour la mi-temps.
Le divorce était inévitable. Un soir de défaite, il a fait chanter tout le virage nord pendant que l’équipe quittait le terrain sous les sifflets ; le club a parlé d’insolence, il a parlé de service minimum. Il est parti avec ses pompons rose et or, a poussé la porte d’un club du Centre-ville, et découvert un public qui avait exactement le même besoin que le virage nord : croire, ensemble, très fort, en n’importe quoi.
Sa manière
Dans les salons où il officie, l’ambiance monte comme une tribune : par vagues, et parce qu’il l’a décidé. Pompon chorégraphie tout — l’accueil, les toasts, les revers de fortune — et autour de lui, même les soirées moyennes se prennent pour des soirées historiques. Les gars de son bâtiment travaillent le sourire aux lèvres sans s’en apercevoir : c’est son vrai talent, l’enthousiasme de contrebande. Et pendant que tout le monde chante, il repère dans le public celui qui reprend le slogan une demi-mesure avant les autres : celui-là, il ira lui parler.
Ce qui le tient debout
Tout est un jeu, à commencer par ce qui n’en est pas un. Pompon cache des confettis dans les poches des manteaux au vestiaire, invente des hymnes pour les habituées et des surnoms pour les videurs, et considère qu’une farce ratée mérite une deuxième mi-temps. Ses heures creuses sentent le gel et le carton : il fabrique ses pompons lui-même, un brin à la fois. Si la Maison lui confie des recrues, il en fera une équipe ; si on lui confie une équipe, il en fera une légende de vestiaire.
Son école
Hôtesse d’Élite
L’école des salons enseigne le protocole comme un art martial : la durée exacte d’une poignée de main, le silence qui vaut une question, la façon de refuser un verre sans refuser la personne. On y apprend les codes des gens qui possèdent des étages entiers ; on y perd la spontanéité, rangée quelque part avec les vieilles baskets. On reconnaît une Hôtesse d’Élite à sa posture — le dos raconte l’école avant la bouche — et à ceci qu’elle ne demande jamais deux fois : la première suffit. La deuxième, c’est la facture.
Son tempérament
La Farceuse
Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.



