Silver · Reine du Comptoir
Muscat
Personne ne sait ce qu’il râpe au-dessus des verres, et tout le monde revient vérifier
« Mon ingrédient secret ? Si je te le dis, tu reviens plus. Alors devine. »
D’où il vient
Muscat a débuté à l’arrière d’une épicerie de la Banlieue, entre les sacs de cardamome et le tiroir-caisse que sa grand-mère fermait à clef en chantonnant. C’est là qu’il a appris les deux sciences de la famille : les épices, et les gens. La vieille dame savait dire, à la manière dont une cliente soupesait un citron, si elle allait payer comptant, à crédit ou pas du tout.
Quand l’épicerie a fermé, Muscat a récupéré les flacons, cousu un tablier à mille poches et pris le premier zinc qui voulait de lui. Il a râpé sa première muscade au-dessus d’un grog un soir de pluie ; la cliente est revenue le lendemain, puis tous les soirs, puis avec des amies. Le bar ne désemplit plus et il n’a jamais donné la recette — surtout pas à la patronne.
Sa manière
Son épice secrète change chaque nuit, et c’est tout l’intérêt : les habituées goûtent, froncent le sourcil, accusent la cannelle, le poivre long, la fève tonka — il sourit et encaisse. Un verre chez Muscat est une devinette qu’on ne résout jamais, alors on reprend la même chose, et la tournée d’après on l’offre aux copines pour les voir chercher à leur tour. Ses fidèles dépensent sans compter et jurent que son zinc a un goût qui n’existe nulle part ailleurs en ville ; elles ont raison, et il veille personnellement à ce que ça ne se reproduise jamais deux fois.
Ce qui le tient debout
Le jeu le tient mieux que le sommeil. Sa farce préférée : servir à une habituée exactement le même verre deux soirs de suite et la regarder jurer que c’est différent. Aux heures creuses, il refait ses niveaux de flacons de mémoire, et de mémoire aussi la liste de tout ce qui s’est dit au comptoir — qui a payé avec quel billet, qui est partie avec qui, quelle porte de service ferme mal dans le quartier. Il paraît que certaines Maisons paieraient cher pour le contenu de ses poches ; elles feraient mieux de s’inquiéter de ce qu’il garde dans la tête.
Son école
Reine du Comptoir
Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.
Son tempérament
La Farceuse
Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.



