Les 243 filles

Silver · Créature de la Nuit

Oreste

Les carrés VIP se réservent sur son planning : là où il se branche, les additions s’électrisent

« Le courant passe ou ne passe pas. Avec moi, il passe. Et il se facture au kilowatt. »
Oreste

D’où il vient

Oreste a grandi dans les câbles : fils d’un forain qui électrifiait les manèges, il savait recâbler un autotamponneur avant de savoir faire du vélo. Devenu électricien de scène dans un club de la Zone Industrielle, il passait ses nuits dans l’ombre à faire briller les autres, un fil lumineux tressé dans les cheveux pour retrouver ses propres mains dans le noir.

Un soir de panne générale, il est monté sur scène pour rebrancher un ampli, éclairé par son seul fil bleu. La salle a applaudi le fil, puis la silhouette, puis a refusé qu’il redescende. Le patron a regardé la recette du carré VIP, débranché son tournevis et branché un contrat — enfin, une promesse, puisqu’on ne signe pas.

Sa manière

Sa clientèle, ce sont les VIP — les gens qui possèdent des étages entiers et s’ennuient à tous les étages. Autour d’Oreste, ils dépensent davantage, sensiblement, comme si le compteur tournait plus vite près de lui ; il appelle ça la haute tension, et le carré réserve sa table des semaines à l’avance. En piste, c’est une évidence bleue et noire : la salle entière suit le fil lumineux comme des papillons consentants.

En escouade, il a inventé l’infiltration par la grande porte : personne n’arrête une star, surtout quand elle avance comme si le bâtiment lui appartenait déjà — les videurs s’écartent, l’escouade suit dans son sillage. Il encadre pareil, à la baguette, réglages millimétrés et star assumée : la plus grande loge, la lumière la plus froide, le silence quand il entre. Sa faille est électrique : une vraie panne, une marée qui monte, et il disjoncte un peu — dix secondes de noir avant que le courant revienne.

Ce qui le tient debout

Ce qui le tient debout à quatre heures du matin, c’est le public : tant qu’un regard reste branché, il tient. Après la fermeture, il refait les réglages de toute la salle — un projecteur mal orienté le vexe personnellement — et vérifie les installations des loges, parce qu’une écurie mal éclairée est une écurie mal payée, dit-il. Ce qu’il veut est écrit d’avance : son nom en néon bleu, en Centre-Ville, avec un transformateur à la hauteur de ses ambitions. Il a déjà calculé la puissance nécessaire.

Son école

Créature de la Nuit

L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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