Les 243 filles

Silver · Créature de la Nuit

Brouillard

Les caméras le floutent, les témoins doutent, et lui-même n’est pas certain d’avoir été là

« J’ai peur de tout, sauf d’être vu. Ça, la ville s’en charge : elle m’oublie à mesure. »
Brouillard

D’où il vient

Personne ne sait d’où vient Brouillard, à commencer par lui. Il raconte une enfance au bord du fleuve, dans la zone Industrielle, là où le brouillard monte des bassins de refroidissement et efface les silhouettes dès novembre ; il raconte aussi qu’un photomaton lui a rendu quatre photos vides à seize ans, et qu’il a pleuré, puis réfléchi. La nuit l’a recruté comme la pluie recrute l’eau : naturellement, sans papiers. Les videurs jurent l’avoir laissé entrer sans l’avoir vu, et les archives de la ville n’ont de lui qu’un prénom au crayon.

Sa manière

Il travaille aux heures où la pénombre gagne, dans les clubs dont on ne retient pas l’adresse. Son don déteint : marchez à côté de lui et les regards glissent, les caméras s’embuent, les physionomistes cherchent leurs mots. Les escouades qui traversent la ville sous sa nappe de brouillard arrivent à destination comme un courant d’air — on sait qu’une porte s’est ouverte, on ne sait pas pour qui.

Il ne force jamais rien. Il attend que la lumière baisse d’un cran, que la foule fasse sa vague, et il avance dans le pli. Le bord de son feutre ne cache qu’un œil : l’autre voit tout, note tout, et le rideau ne l’a jamais surpris.

Ce qui le tient debout

L’angoisse est sa colocataire de toujours : il vérifie trois fois les sorties, compte les visages, imagine le pire avec un vrai talent de scénariste. Mais il a signé une trêve — la peur fait le guet, Brouillard fait le reste. Aux heures creuses, il s’assoit dans les laveries ouvertes la nuit, seul sous les néons, pour se prouver qu’il existe assez pour qu’une machine lui rende sa monnaie. Et si on lui confie un jour des passages délicats, on découvrira qu’il ne se glisse pas dans les endroits : il convainc les endroits qu’il y a toujours été.

Son école

Créature de la Nuit

L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

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