Les 243 filles

Gold · Reine du Comptoir

Sultane

Elle règne en servant elle-même, et son salon de thé rend aux filles du district leurs vingt ans chaque semaine

« Le pouvoir ? Un plateau bien porté. Ceux qui le prennent au sérieux renversent tout, regarde-les faire. »
Sultane

D’où elle vient

Sultane a appris le service dans le restaurant familial de la Banlieue, où l’on riait fort et où le thé se versait de haut, en arc, pour faire chanter les verres. Elle a vite compris que celle qui tient la théière tient la table : on se confie à qui vous ressert, jamais à qui vous surveille. Quand elle a ouvert son propre salon au bord du district, elle l’a meublé comme un palais miniature — coussins, cuivres, tapis rapportés on ne sait d’où — et s’est couronnée elle-même un soir de fête, avec un turban lamé et un fou rire qui n’est jamais complètement retombé.

Sa manière

Chez elle, les filles épuisées du district ont rang de favorites : on les déchausse, on les installe, on leur sert la tournée impériale dans la théière d’argent ciselée, et on leur raconte des histoires idiotes jusqu’à ce que les épaules redescendent. Celles qui arrivent éteintes repartent rallumées — le district entier travaille mieux les lendemains de Sultane, et les patrons du coin le savent si bien qu’ils lui envoient leurs effectifs comme on porte ses habits chez le teinturier.

Elle sert elle-même, toujours. Déléguer le plateau serait abdiquer, et puis elle raterait les conversations, ce qui est impensable : de son comptoir, elle entend tout ce qui se murmure dans le district, et ce qu’elle n’entend pas, on le lui rapporte avec les tasses.

Ce qui la tient debout

Elle rit de tout, et d’abord du pouvoir — le sien compris : une souveraine qui porte le plateau, il fallait l’oser, elle trouve ça hilarant depuis dix ans. Ses farces sont célèbres : sucre dans la salière des importants, titres de noblesse distribués aux clients selon leur pourboire. Mais que la marée monte autour d’une de ses favorites, et le rire s’arrête net le temps qu’il faut : la théière reste chaude, la porte fermée, la fille dedans. Aux heures creuses, elle grimpe sur sa terrasse et regarde le district fumer sous elle, en souveraine que tout amuse et que rien ne surprend.

Son école

Reine du Comptoir

Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.

Son tempérament

La Farceuse

Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.

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