Les 243 filles

Gold · Créature de la Nuit

Solitaire

Elle ne dit presque rien, ne sourit presque pas ; les VIP paient le presque au prix fort.

« Regardez-moi bien. C’est compris dans l’addition. Une seule fois. »
Solitaire

D’où elle vient

Un joaillier du Centre-Ville l’a engagée à dix-sept ans pour porter les pièces qu’aucune vitrine n’assurait : elle s’asseyait dans le salon privé, la rivière au cou, immobile sous les lustres, pendant que les clients tournaient autour. Le joaillier disait qu’un diamant posé sur du velours vaut son prix, et qu’un diamant posé sur un pouls vaut le double. Quatre ans à être le sujet de toutes les conversations sans participer à aucune : elle en a gardé le silence, la tenue, et une certitude — personne ne regarde aussi bien que ceux qu’on regarde. Une Maison a fini par acheter le bijou, et découvert que l’écrin pensait.

Sa manière

Son angoisse ne se voit pas, elle s’entend — au fait qu’on ne l’entend pas. Elle vérifie les sorties en entrant, compte les visages, note qui transpire et qui regarde deux fois la caisse ; des années à porter des fortunes vous installent une police intérieure que rien ne débraye. Le paradoxe qui la fait vivre : cette veille perpétuelle passe, de l’extérieur, pour de la profondeur. On la croit mystérieuse ; elle inventorie.

Sa signature tient en trois mots : un seul regard. Elle le lève rarement, et c’est le rare qui se facture — un VIP qui l’obtient a le sentiment d’avoir gagné quelque chose que l’argent ne donne pas, et il paie pour vérifier que si. Le milieu a fait les comptes : mêmes clients, même salle, un bon tiers de plus dès qu’elle est dans la pièce. Aux petites nouvelles de l’écurie, elle enseigne une matière qui n’a pas de nom : tenir sa place sans un mot, briller sans clignoter, laisser l’autre meubler le silence — il se ruine toujours en meubles.

Ce qui la tient debout

Une liste de catastrophes annulées d’avance : elle a repéré la serrure fatiguée, le serveur trop nouveau, la voiture garée trop longtemps — et tout réglé avant que quiconque s’inquiète, de sorte que personne ne s’inquiète jamais et qu’elle recommence chaque soir. Il lui faut, de temps en temps, quelqu’un pour lui dire que la nuit s’est bien passée grâce à elle : c’est son seul salaire en mots, et il n’est pas négociable. Ce qu’elle veut : qu’un jour on la regarde exactement comme elle regarde tout — complètement, une seule fois, sans rien manquer.

Son école

Créature de la Nuit

L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

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