Les 243 filles

Silver · Âme de la Rue

Ramona

Elle relève les mentons d’un doigt et les ambitions d’une phrase ; son bâtiment travaille comme s’il lui appartenait déjà.

« Regarde-moi. Voilà. Maintenant, redis-moi que tu ne vaux rien, pour voir. »
Ramona

D’où elle vient

Ramona vient du barrio, côté fresques et lowriders, où elle a élevé la moitié du bloc pendant que les adultes travaillaient de nuit. L’école de la rue lui a tout appris en avance : compter une salle, connaître les deux sorties, et surtout nourrir une famille de douze avec un frigo prévu pour quatre. Son liner s’est aiguisé en même temps que ses reparties ; le quartier a compris très tôt qu’on ne discutait ni avec l’un ni avec les autres.

Le jour où elle a compris que faire monter les autres était aussi une manière de monter, elle a enfilé ses chaînes en or, dressé une liste de prénoms, et pris la direction des néons. Le barrio l’a regardée partir comme on regarde partir un capital : avec fierté, et en attendant les intérêts.

Sa manière

Là où elle travaille, le bâtiment bourdonne. Les filles se tiennent plus droites, rient plus fort, encaissent mieux — une aura de grande sœur qui fait à peu près le même effet qu’un jour de paie. Elle encadre à l’ancienne : le compliment en public, le reproche en privé, et jamais l’inverse. On a vu des Boss prendre des notes.

Son recrutement ne ressemble pas à une chasse, plutôt à une adoption. Elle repère l’artiste malheureuse — troisième règle du Pacte, une fille malheureuse est libre de fait — lui relève le menton d’un doigt, et prononce la phrase qui change les carrières. Son ambition ne se cache de personne : elle lit l’affiche de haut en bas, s’arrête à son nom, demande qui est au-dessus. Ce n’est pas une question. C’est un calendrier.

Ce qui la tient debout

Ce qui la tient debout : les chaînes fines empilées sur sa gorge — une par personne qu’elle a fait monter, et elle peut réciter la liste dans l’ordre, prénoms et dates. Son rêve s’affiche sans pudeur : une enseigne à son nom, une Maison où aucun menton ne retombe jamais, et un jour, le café imbuvable de la Doyenne — qu’elle boira jusqu’à la dernière goutte, poliment, en soutenant son regard. Le barrio attend ses intérêts. Elle a prévu de rembourser en immeubles.

Son école

Âme de la Rue

L’école de la rue enseigne une seule matière : les gens, en version non maquillée. Tenir un cercle de badauds avec deux gobelets et une histoire, lire une poche, sentir une embrouille trois minutes avant qu’elle arrive. On y gagne un instinct que rien ne remplace ; on y perd le goût du confort — le velours l’ennuie, elle trouve que ça sent le piège. On reconnaît une Âme de la Rue à ceci : elle compte la salle avant d’y entrer, connaît les deux sorties, et parle au videur comme à un cousin… qui lui doit un service.

Son tempérament

L’Ambitieuse

Elle lit l’affiche de haut en bas, s’arrête à son nom, demande qui est au-dessus ; ce n’est pas une question, c’est un préavis… et un flirt avec le sommet.

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