Les 243 filles

Silver · Reine du Comptoir

Ginger

Son comptoir n’a pas de licence pour l’alcool ; personne ne s’en est jamais aperçu.

« Je ne sers que du soda. L’ivresse, c’est moi. »
Ginger

D’où elle vient

Ginger a grandi derrière la fontaine à soda d’un drugstore qui refusait de mourir, le dernier de la rue à servir des flotteurs pendant que les néons poussaient tout autour. C’est elle qui l’a sauvé : les fêtards ont pris l’habitude de finir leurs nuits sur ses tabourets chromés, parce que la dernière heure de la nuit cherche toujours un endroit qui rit encore, et que chez elle, on rit. Le patron lui a laissé les clés, puis la caisse, puis l’enseigne. Elle patinait déjà comme si tout lui appartenait.

Sa manière

Sa tchatche est un feu roulant servi avec deux pailles : elle vanne, relance, rebaptise les clients, et personne n’a jamais réussi à en placer une sans repartir ami. Les fêtards sont son territoire naturel — ils débarquent à quatre heures, ivres de partout sauf de soda, et repartent une heure plus tard, plus légers de moitié, persuadés d’avoir vécu la meilleure partie de leur nuit sur un tabouret. Ils n’ont pas tort, et c’est précisément le problème des clubs voisins.

Derrière la mousse, une reine du comptoir à l’ancienne : elle forme les nouvelles au bagou comme on apprend un instrument — le rythme d’abord, les paroles ensuite — et rien n’échappe au chrome de sa fontaine, qui lui rend la salle entière en reflet pendant qu’elle remplit les verres. Les capsules sautent, les farces pleuvent, et au milieu de tout ça, un magnétisme de grande scène : les victory rolls cuivrés entrent dans la pièce une seconde avant elle, et la pièce est déjà de meilleure humeur.

Ce qui la tient debout

Ce qui la tient debout : quarante minutes de victory rolls chaque soir, jamais négociées, même les soirs d’orage — on ne sert pas la joie décoiffée. Et la dernière tournée rituelle, offerte, mousse débordante, pour que la nuit finisse sur une bulle. Son rêve pétille sans mystère : une enseigne à son nom sur la Rue de la Soif, lettres de cuivre, patins obligatoires, et un juke-box réglé pour que la fête ne sache jamais quelle heure il est.

Son école

Reine du Comptoir

Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.

Son tempérament

La Farceuse

Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.

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