Gold · Reine du Comptoir
Sultan
Il règne en servant lui-même, et son salon de thé rend aux gars du district leurs vingt ans chaque semaine
« Le pouvoir ? Un plateau bien porté. Ceux qui le prennent au sérieux renversent tout, regarde-les faire. »
D’où il vient
Sultan a appris le service dans le restaurant familial de la Banlieue, où l’on riait fort et où le thé se versait de haut, en arc, pour faire chanter les verres. Il a vite compris que celui qui tient la théière tient la table : on se confie à qui vous ressert, jamais à qui vous surveille. Quand il a ouvert son propre salon au bord du district, il l’a meublé comme un palais miniature — coussins, cuivres, tapis rapportés on ne sait d’où — et s’est couronné lui-même un soir de fête, avec un turban lamé et un fou rire qui n’est jamais complètement retombé.
Sa manière
Chez lui, les gars épuisés du district ont rang de favoris : on les déchausse, on les installe, on leur sert la tournée impériale dans la théière d’argent ciselée, et on leur raconte des histoires idiotes jusqu’à ce que les épaules redescendent. Ceux qui arrivent éteints repartent rallumés — le district entier travaille mieux les lendemains de Sultan, et les patrons du coin le savent si bien qu’ils lui envoient leurs effectifs comme on porte ses habits chez le teinturier.
Il sert lui-même, toujours. Déléguer le plateau serait abdiquer, et puis il raterait les conversations, ce qui est impensable : de son comptoir, il entend tout ce qui se murmure dans le district, et ce qu’il n’entend pas, on le lui rapporte avec les tasses.
Ce qui le tient debout
Il rit de tout, et d’abord du pouvoir — le sien compris : un souverain qui porte le plateau, il fallait l’oser, il trouve ça hilarant depuis dix ans. Ses farces sont célèbres : sucre dans la salière des importantes, titres de noblesse distribués aux clientes selon leur pourboire. Mais que la marée monte autour d’un de ses favoris, et le rire s’arrête net le temps qu’il faut : la théière reste chaude, la porte fermée, le gars dedans. Aux heures creuses, il grimpe sur sa terrasse et regarde le district fumer sous lui, en souverain que tout amuse et que rien ne surprend.
Son école
Reine du Comptoir
Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.
Son tempérament
La Farceuse
Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.



