Les 243 filles

Gold · Reine du Comptoir

Fortunato

Il lit dans les cartes que vous serez généreuse ce soir ; les cartes se trompent rarement quand c’est lui qui les range.

« Je vois… une femme au grand cœur, là, juste en face de moi. Ne me fais pas mentir, j’ai une réputation. »
Fortunato

D’où il vient

Il a grandi dans une roulotte de foire, entre une mère qui lisait les lignes de la main et un oncle qui les effaçait au bonneteau. Diseur de bonne aventure à douze ans, il a vite compris le vrai métier : on ne prédit pas l’avenir, on le suggère — et les gens sont d’une docilité touchante avec leur propre destin. Quand la foire a fermé, il a déménagé sa boule de cristal derrière un comptoir de la Rue de la Soif, où ses prédictions ont trouvé leur public naturel : des gens qui veulent croire, avec de quoi financer leur foi. Une Maison l’a engagé le soir où il a annoncé une descente de la Brigade avec vingt minutes d’avance. Les cartes, jurait-il. La fenêtre, surtout : elle donne sur la rue.

Sa manière

Tout chez lui tinte : le gilet à pièces d’or, le rire, les prédictions. Il tire les cartes au comptoir entre deux commandes, et ses tirages ont une orientation remarquable — l’as de deniers sort pour les hésitantes, l’amoureux pour les esseulées, et la roue de fortune pour tout le monde, parce que c’est la sienne. La cliente repart persuadée d’avoir un destin, ce qui est le premier pas pour en financer un.

Sa signature fait le reste : dans son périmètre, les Généreuses se multiplient comme si elles s’étaient donné rendez-vous, et de temps en temps une VIP pousse la porte « par hasard » — il avait prédit le hasard la veille. Le mécanisme n’appartient qu’à lui, mais l’effet se décrit : une femme à qui l’on annonce une aura de grande dame se met à donner des pourboires de grande dame, pour ne pas décevoir son aura. Sa faiblesse est au dos de la carte : le sang-froid. Quand une vraie surprise arrive — une qui n’était pas dans son jeu — il pousse un cri de foire entière, et il faut lui tenir la main jusqu’à la fin de l’averse.

Ce qui le tient debout

Une théologie de comptoir : la chance existe, mais elle est timide — il faut lui tendre des perches, des tapis rouges, des escaliers. Alors il en tend partout : une pièce sous le tabouret d’une habituée, une carte à jouer glissée dans une poche de manteau, un horoscope truqué punaisé aux lavabos. Le quartier entier joue à un jeu dont lui seul connaît la règle, et le quartier gagne étrangement souvent. Ce qu’il veut : qu’une seule de ses prédictions se réalise sans son aide. Il attend ça comme d’autres attendent l’amour — en trichant un peu, pour patienter.

Son école

Reine du Comptoir

Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.

Son tempérament

La Farceuse

Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.

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