Les 243 filles

Gold · Hôtesse d’Élite

Smoking

Chaque costume qu’il coupe ne sera porté qu’une seule fois — c’est la seule chose au monde dont il soit sûr

« Oui, je découds tout après le premier porté. On dit adieu aux belles choses, ou on devient un musée. »
Smoking

D’où il vient

Smoking a appris le métier dans l’atelier de retouches de sa mère, en Banlieue, à poser des ourlets sur les costumes des autres et des questions que personne n’écoutait. Le soir, il taillait dans les chutes des modèles à lui — trop étranges pour le quartier, trop justes pour être ignorés. Un chanteur de la Rue de la Soif est reparti un jour avec l’une de ses pièces au lieu de sa retouche ; le lendemain, trois clubs demandaient le nom de la main. Il a quitté l’atelier avec son mètre-ruban en écharpe et une règle taillée dans l’angoisse : jamais deux fois le même costume, comme ça personne ne pourra comparer.

Sa manière

Il reçoit sur rendez-vous dans un salon capitonné où l’on parle bas, comme chez un notaire ou un chirurgien. Les célébrités s’arrachent ses minutes : porter un Smoking, c’est porter un costume que la terre entière verra un seul soir avant qu’il ne soit décousu au petit matin, cérémonie comprise dans le prix. Les femmes d’affaires ont suivi, flairant le seul luxe qui échappe à la revente. Il épingle, drape, pique — et pendant que ses doigts couturés travaillent, les clientes parlent, se livrent, se déshabillent bien plus qu’elles ne l’imaginent. Chaque angoisse qu’il recoud dans un ourlet lui laisse la place d’écouter la leur.

Ce qui le tient debout

L’inquiétude est sa doublure : cousue à l’intérieur, invisible du dehors. Il repasse ses angoisses comme des coutures — une par une, à plat, jusqu’à ce qu’elles tiennent. Ses heures creuses sentent la craie de tailleur : il trace des patrons qu’il ne coupera jamais, pour le seul calme du geste. Et quand un apprenti du quartier montre l’œil, il le fait asseoir à sa table, lui apprend le point invisible et lui répète la phrase qui le tient : on peut trembler des mains, à condition de savoir où planter l’aiguille.

Son école

Hôtesse d’Élite

L’école des salons enseigne le protocole comme un art martial : la durée exacte d’une poignée de main, le silence qui vaut une question, la façon de refuser un verre sans refuser la personne. On y apprend les codes des gens qui possèdent des étages entiers ; on y perd la spontanéité, rangée quelque part avec les vieilles baskets. On reconnaît une Hôtesse d’Élite à sa posture — le dos raconte l’école avant la bouche — et à ceci qu’elle ne demande jamais deux fois : la première suffit. La deuxième, c’est la facture.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

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