Les 243 filles

Bronze · Créature de la Nuit

Zélie

Quand la salle se met à tanguer, elle serre sa médaille et traverse — et le chaos, poliment, s’écarte

« Bien sûr que j’ai peur. Mais la peur et moi on a fini par se mettre d’accord : elle crie, moi j’avance. »
Zélie

D’où elle vient

Zélie a grandi dans l’odeur de cire froide d’une chapelle de la Banlieue, enfant de chœur au visage de vitrail qu’on plaçait toujours au premier rang parce qu’elle ne bougeait pas. Dehors, les orages : ceux du ciel, qui faisaient trembler les carreaux, et ceux des adultes, qui claquaient plus fort encore. Elle a appris à laisser passer les deux de la même façon — immobile, les mains jointes, en comptant les secondes entre l’éclair et le bruit.

Le jour où la chapelle a fermé, elle a gardé la médaille d’une sainte dont personne ne connaît le nom, trouvée sous un banc. Elle s’est dit que ce serait sa sainte à elle, puisque personne d’autre n’en voulait. Depuis, elles travaillent ensemble.

Sa manière

Elle œuvre dans les clubs aux heures profondes, quand les voix montent et que les verres tombent. Là où les autres reculent, Zélie avance au pas d’église, la chaînette serrée dans le poing : les éclats de voix et les bousculades glissent sur elle sans laisser une marque, ni au moral ni au corps. On a vu des bagarres s’interrompre sur son passage, gênées, comme des conversations quand la maîtresse entre. Même le rideau, une fois, l’a laissée finir de ranger avant de tomber.

Ce qui la tient debout

L’inquiétude ne l’a jamais quittée ; elle a juste appris à lui donner un travail. Zélie guette — les sorties, les visages, les mains qui traînent — parce que surveiller, c’est prier avec les yeux ouverts. Ses heures creuses, elle les passe près des fenêtres hautes, là où l’on voit venir les orages. Les filles de sa Maison dorment mieux quand c’est son tour de veiller, et elle le sait, et c’est exactement ce qui la fait tenir.

Son école

Créature de la Nuit

L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

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