Les 243 filles

Platinum · Hôtesse d’Élite

Titania

Entrez épuisée, ressortez souveraine : sa cour ne rend jamais les gens dans l’état où elle les a empruntés

« Un royaume ne s’hérite pas, mon ange, il se déclare. Regardez : je viens de le faire. »
Titania

D’où elle vient

On l’a trouvée endormie dans la serre municipale, une aube de solstice, couronnée de feuilles d’or fin que personne n’a réussi à dater. Elle a remercié pour l’hospitalité avec l’aplomb d’une souveraine en visite officielle, demandé où logeait la meilleure société, et pris la direction des salons du Centre-ville comme on regagne ses appartements.

Elle affirme avoir régné ailleurs — elle ne précise ni où, ni quand, ni sur quoi, et son sourire décourage l’enquête. Les botanistes consultés sur la couronne parlent d’espèces inconnues ; les habitués parlent d’autre chose à voix basse. Elle laisse fleurir les deux hypothèses : une reine, ça n’explique pas ses papiers.

Sa manière

Son établissement ne ressemble à aucun autre : on y entre lessivée par la marée du dehors, et quelque chose dans l’air — les lumières, le châle irisé, sa façon de prononcer les prénoms — remet chacune sur son trente-et-un intérieur. Sous son toit, la fatigue n’a pas droit de cité : les filles se tiennent plus droites, rient plus juste, et les clients paient sans compter parce qu’on ne marchande pas à la cour. Une nuit chez Titania, disent-elles, vaut une semaine de sommeil et un sacre.

Ce qui la tient debout

Son orgueil est un service public : elle se traite en reine pour que ses filles apprennent à faire pareil, et sa cour tient debout parce qu’elle refuse, par principe, qu’on s’y sente petite. Aux heures pâles, elle jardine des plantes qui n’ont pas de nom sur des balcons qui ne sont pas à elle, et distribue les titres comme d’autres les primes — comtesse du vestiaire, duchesse du bar. Tenir les siennes, les faire grandir : elle appelle ça régner, et personne n’a trouvé de meilleur mot.

Son école

Hôtesse d’Élite

L’école des salons enseigne le protocole comme un art martial : la durée exacte d’une poignée de main, le silence qui vaut une question, la façon de refuser un verre sans refuser la personne. On y apprend les codes des gens qui possèdent des étages entiers ; on y perd la spontanéité, rangée quelque part avec les vieilles baskets. On reconnaît une Hôtesse d’Élite à sa posture — le dos raconte l’école avant la bouche — et à ceci qu’elle ne demande jamais deux fois : la première suffit. La deuxième, c’est la facture.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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