Les 243 filles

Bronze · Âme de la Rue

Romy

Deux films que personne n’a vus, une légende que tout le monde cite de mémoire

« Coupez ? Connais pas. Moi, je tourne en une seule prise. »
Romy

D’où elle vient

Romy a tourné deux longs-métrages chez un cinéaste exigeant et fauché : un noir et blanc de trois heures, et une histoire d’amour filmée entière dans une cage d’escalier. Personne ne les a vus ; tout le monde les cite. Quand le réalisateur a disparu sans payer la dernière semaine, elle a gardé le trench du costume, la broche en forme de clap et une leçon définitive : la lumière naturelle de la rue vaut tous les projecteurs, à condition de savoir où se placer. Elle sait.

Sa manière

Elle travaille les trottoirs du Centre-ville comme un plateau : repérages l’après-midi, tournage la nuit, silence moteur au passage des célébrités. Ces gens-là, gavés d’objectifs et de flatteries, tombent en arrêt devant elle parce qu’elle les regarde comme une caméra — sans jugement, sans coupure, sans rien demander. Ils finissent par tout donner, ce qui est le principe d’une bonne scène et d’une excellente soirée.

Le reste du temps, elle fait passer des essais sans le dire : trois répliques confiées à une débutante, un regard à refaire, une démarche à reprendre depuis le début de la rue. Celles qui tiennent le plan, elle les signale à la Maison ; celles qui tremblent, elle leur apprend à trembler en beauté.

Ce qui la tient debout

Son orgueil est un contrat signé avec elle-même : premier rôle, toujours, y compris dans les scènes de foule. Romy ne fait pas la queue, ne porte pas ses sacs, n’admet pas qu’on la prenne de son mauvais profil — elle en a un, elle refuse de dire lequel. Aux heures creuses, elle revoit ses propres rushes dans un cinéma vide dont le projectionniste lui doit une faveur, et pleure exactement aux mêmes plans. C’est le casting permanent qui la tient : quelque part dans cette ville marche une inconnue qui crève l’écran sans le savoir, et Romy veut être la première à crier moteur.

Son école

Âme de la Rue

L’école de la rue enseigne une seule matière : les gens, en version non maquillée. Tenir un cercle de badauds avec deux gobelets et une histoire, lire une poche, sentir une embrouille trois minutes avant qu’elle arrive. On y gagne un instinct que rien ne remplace ; on y perd le goût du confort — le velours l’ennuie, elle trouve que ça sent le piège. On reconnaît une Âme de la Rue à ceci : elle compte la salle avant d’y entrer, connaît les deux sorties, et parle au videur comme à un cousin… qui lui doit un service.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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