Les 243 filles

Bronze · Reine du Comptoir

Prune

Elle panse la nuit entière avec un pot de confiture et refuse qu’on la remercie trop fort

« Je m’inquiète pour tout le monde, c’est épuisant. Heureusement, ça se soigne : cuivre, sucre, feu doux. »
Prune

D’où elle vient

Prune a grandi dans la cuisine de sa grand-mère, au fond de la Banlieue, là où l’on posait sur la toile cirée tout ce qui était cassé : les genoux, les cœurs, les mariages. La vieille dame écoutait, touillait, et tendait une tartine. Prune a retenu la recette complète : du sucre, du temps, et ne jamais faire remarquer aux gens qu’ils viennent de tout vous raconter.

Quand la grand-mère est partie, Prune a gardé la marmite en cuivre et le geste. Son arrière-cuisine est devenue, sans qu’elle l’ait décidé, l’infirmerie officieuse du quartier : on y entre en boitant du moral, on en ressort avec un pot étiqueté à la main et l’impression confuse d’avoir été réparé.

Sa manière

Son comptoir à elle, c’est une table de cuisine et deux tabourets, mais on y tient les mêmes conversations que dans les grands bars, en plus honnête. Les filles de la nuit ont pris l’habitude d’y échouer après les mauvaises soirées : chez Prune, on dort mieux, on récupère plus vite, on repart avec le dos droit. Personne ne sait si c’est la confiture, la tisane ou sa façon de dire que c’est pas grave en y croyant vraiment. Elle refuse d’être payée pour ça. Elle accepte les pots vides.

Ce qui la tient debout

L’inquiétude, retournée comme une crêpe. Prune a peur de tout — du four trop chaud, de la marée qui monte, des silences trop longs — alors elle s’occupe, et s’occuper chez elle veut dire s’occuper des autres. Ses heures creuses sentent le fruit cuit : elle étiquette, elle range, elle note dans un cahier qui va mal et qui va mieux. Celles qu’elle a remises debout parlent d’elle comme d’une grande sœur qui s’excuserait presque de vous tenir la porte. Elles se trompent sur un point : le jour où il faudra tenir la ligne, la timide au tablier propre tiendra.

Son école

Reine du Comptoir

Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

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