Les 243 filles

Bronze · Hôtesse d’Élite

Paillette

Elle a ramassé tant de poussière d’étoiles qu’il finira bien par en pousser une à son nom

« Je balaie les loges des grandes. Un jour, elles feront la queue pour balayer la mienne. »
Paillette

D’où elle vient

Seize ans, un balai, et l’entrée des artistes du plus grand music-hall du Centre-ville : voilà tout le capital de départ de Paillette. Chaque soir, elle nettoyait les loges après les vedettes et récoltait ce qu’elles laissaient tomber — sequins arrachés, faux cils, conseils lâchés sans y penser, numéros de téléphone froissés. Les autres petites mains jetaient tout ça à la poubelle. Elle, elle triait. Sa houppette dorée vient de la loge d’une meneuse de revue qui ne l’a jamais réclamée ; Paillette considère que c’est un héritage, pas un oubli.

Sa manière

Dans les salons feutrés où elle officie, elle a un radar infaillible pour les gens dont le nom s’écrit en lettres lumineuses. Une célébrité entre incognito, lunettes noires et col relevé ? Paillette l’a repérée avant le portier, installée avant sa demande, resservie avant sa soif. Elle parle leur langue — celle des tournées, des critiques et des egos à taille de montgolfière — parce qu’elle l’a apprise à genoux, en ramassant leurs sequins.

Avec les vedettes, elle facture l’aisance ; avec les autres, elle répète. Car elle observe tout ce qui brille pour mieux le rendre : une posture volée à l’une, un rire emprunté à l’autre, un port de tête ramassé dans une loge un soir de première, et gardé depuis comme on garde la monnaie.

Ce qui la tient debout

Un orgueil de plancher de scène : elle sait exactement où elle va, c’est-à-dire en haut de l’affiche, et considère chaque soirée comme une répétition générale de sa gloire. Aux heures creuses, elle s’entraîne à signer des autographes sur des serviettes en papier — sa signature est prête depuis des années, il ne manque que la foule. Et si la Maison l’envoie un jour du côté de l’ombre, elle fera ce qu’elle a toujours fait dans les loges : repérer, au milieu des figurantes, celle qui a de la poussière d’étoile sous les semelles.

Son école

Hôtesse d’Élite

L’école des salons enseigne le protocole comme un art martial : la durée exacte d’une poignée de main, le silence qui vaut une question, la façon de refuser un verre sans refuser la personne. On y apprend les codes des gens qui possèdent des étages entiers ; on y perd la spontanéité, rangée quelque part avec les vieilles baskets. On reconnaît une Hôtesse d’Élite à sa posture — le dos raconte l’école avant la bouche — et à ceci qu’elle ne demande jamais deux fois : la première suffit. La deuxième, c’est la facture.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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