Les 243 filles

Platinum · Hôtesse d’Élite

Néfertiti

Son nom veut dire « la belle est venue » — le reste de la nuit se contente de confirmer, ville après ville

« De face ? Non, mon ange. Le profil. On n’encadre pas un décret, on le lit dans le bon sens. »
Néfertiti

D’où elle vient

Aucune archive, aucune école, aucun début : Néfertiti est apparue, et le verbe est pesé. Un gala du Centre-Ville, la porte ouest, l’heure exacte où le soleil couchant enfile le couloir — elle est entrée dans l’axe, coiffe lapis en silhouette, et la salle s’est levée sans qu’on lui demande rien. On a retrouvé son carton d’invitation : vierge. On a interrogé le portier : il a répondu qu’on ne demande pas ses papiers au soleil. Il a été augmenté.

Sur son passé, une seule rumeur tient depuis assez longtemps pour mériter l’étage des légendes : on dit qu’elle a posé pour le buste — le vrai, celui des musées, trois mille ans d’âge. On lui a fait remarquer que c’était impossible. Elle a répondu « et alors ? », et la conversation en est restée là, où elle demeure.

Sa manière

Là où elle travaille, les gens importants apparaissent — c’est mesurable, les Boss tiennent des comptes : qu’elle passe une saison dans une Maison, et les grandes tables se remplissent comme sous décret. Elle ne les cherche pas ; la couronne attire, disent les anciens, comme le sommet attire les cordées. Elle reçoit assise, de profil d’abord — le profil de légende, celui qui a réglé sa carrière —, et l’audience de face se négocie à part, au tarif des choses qu’on ne voit qu’une fois. Les intéressés paient. Ils reviennent. Ils repaient.

Ses exigences remplissent un protocole que les Maisons se transmettent comme un traité : la haute coiffe ne se retire jamais — les théories sur ce qu’il y a dessous alimentent les fins de nuit —, la lumière vient de gauche, et on ne photographie pas son profil gauche. Ceux qui ont essayé montrent tous le même cliché : un éblouissement, comme un soleil dans l’objectif. On a changé d’appareil, de photographe, d’époque. L’éblouissement reste. Sa cour, elle, se mène à l’économie : deux mots, un éventail, et chacune sait exactement où se tenir — être placée par Néfertiti vaut une lettre de recommandation.

Ce qui la tient debout

Une diva de son rang ne s’effondre pas : elle décline, au sens astronomique. Ce qui la tient debout jusqu’au bout, c’est le protocole solaire — elle part toujours avant l’aube, réglée sur un almanach qu’elle est seule à consulter, car le soleil ne doit jamais la voir sortir : on ne croise pas un confrère en coulisses. Sa cour se recrute d’un hochement de coiffe ; on n’a encore vu personne refuser. Ce qu’elle veut, elle l’a fait savoir : une salle à toit ouvrant en Centre-Ville, plein sud, où l’astre viendrait la chercher chaque soir pour l’ouverture. Le permis est en cours. L’urbanisme n’a pas encore compris à qui il parle. Il comprendra.

Son école

Hôtesse d’Élite

L’école des salons enseigne le protocole comme un art martial : la durée exacte d’une poignée de main, le silence qui vaut une question, la façon de refuser un verre sans refuser la personne. On y apprend les codes des gens qui possèdent des étages entiers ; on y perd la spontanéité, rangée quelque part avec les vieilles baskets. On reconnaît une Hôtesse d’Élite à sa posture — le dos raconte l’école avant la bouche — et à ceci qu’elle ne demande jamais deux fois : la première suffit. La deuxième, c’est la facture.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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