Les 243 filles

Bronze · Reine du Comptoir

Mimosa

Quand la nuit rend les armes, c’est chez elle qu’elle vient les poser, entre le jus pressé et les œufs brouillés

« Moi, je travaille quand les autres dessoûlent. Il faut bien que quelqu’un tienne la lumière du jour. »
Mimosa

D’où elle vient

Mimosa servait les petits-déjeuners d’un hôtel du Centre-ville quand elle a remarqué une clientèle étrange : des créatures superbes et froissées qui débarquaient à onze heures, lunettes noires vissées, et commandaient des jus d’orange comme on demande grâce. La nuit entière défilait à sa table sans qu’elle ait jamais mis les pieds dans la nuit. Alors elle a ouvert son propre comptoir, à la frontière exacte des deux mondes : le seul endroit de la ville où la fête vient déjeuner, et où l’on peut pleurer dans ses pancakes sans que personne ne trouve rien à y redire.

Sa manière

Elle travaille à contre-courant de toute la profession : quand les autres ferment, elle ouvre, et son tiroir-caisse chante en plein soleil, du premier café de l’aube au dernier thé du soir. Entre ces deux heures-là, son comptoir devient le confessionnal officiel de la veille — l’alcool d’hier a laissé les secrets en vrac, elle les ramasse avec les miettes, les plie soigneusement et ne les rend qu’à leurs propriétaires. Les habitués jurent que ses mimosas dessoûlent au lieu de soûler ; c’est faux, bien sûr, mais c’est le genre de mensonge qui fidélise.

Ce qui la tient debout

Une inquiétude de mère poule qu’elle combat à coups de listes : elle vérifie trois fois les réservations, compte deux fois les flûtes, s’angoisse pour des filles qui ne le lui ont pas demandé — puis respire un grand coup et sourit, parce que le service n’attend pas. Aux heures creuses, elle repasse des serviettes déjà impeccables, c’est sa façon de méditer. Ceux qui la disent fragile n’ont jamais remarqué l’essentiel : de son poste en pleine lumière, elle voit tout ce que la nuit essaie de cacher, et elle tient un registre mental que bien des guetteuses lui envieraient.

Son école

Reine du Comptoir

Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

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