Les 243 filles

Bronze · Âme de la Rue

Margot

Le menton levé ne coûte rien du tout, et c’est le seul luxe que les VIP n’arrivent pas à s’acheter

« Je ne baisse pas les yeux la première. Si ça les vexe, ils n’ont qu’à me regarder de plus haut. Bon courage. »
Margot

D’où elle vient

Margot est née du mauvais côté du périph, dans une cité où les matins sentaient la limaille et le café rallongé. Père aux trois-huit, mère aux deux boulots, et elle au milieu, qui a compris très tôt une chose que l’école ne mettait pas au programme : la dignité ne coûte rien et rapporte tout. Elle a pris le port d’une duchesse comme d’autres prennent le bus — tous les jours, sans se poser de questions. Le médaillon en toc qu’elle porte au cou, elle le fait briller comme un joyau de couronne, et personne n’a jamais osé lui faire remarquer la différence.

Sa manière

Son royaume, c’est le trottoir, et elle le tient comme une cour. Les VIP qui s’aventurent dans son quartier s’attendent à de la déférence ; ils trouvent une fille d’ouvriers qui les regarde droit, les fait patienter poliment et ne rit jamais à leurs blagues par politesse. Ça les déroute une minute. Ensuite, ça les rend fous : enfin quelqu’un qui ne se vend pas au rabais.

Alors ils paient le tarif du respect, qui est le plus élevé de tous. Tête haute, prix fermes : les grands comptes de la ville se refilent son coin de rue comme une adresse confidentielle, et repartent délestés avec le sentiment d’avoir été anoblis.

Ce qui la tient debout

L’ambition de Margot n’est pas un secret, c’est un plan quinquennal : une Maison à son nom, un jour, avec des lustres payés comptant. En attendant, elle veille sur les plus jeunes du quartier comme une aînée de cité — elle vérifie les coins sombres, note qui traîne où, et personne ne rentre seule quand elle est de service. Tenir les siennes et guetter pour elles : c’est comme ça qu’on se comporte, là d’où elle vient. Ses heures creuses, elle les passe à astiquer le médaillon. Le toc, bien entretenu, dure plus longtemps que l’or.

Son école

Âme de la Rue

L’école de la rue enseigne une seule matière : les gens, en version non maquillée. Tenir un cercle de badauds avec deux gobelets et une histoire, lire une poche, sentir une embrouille trois minutes avant qu’elle arrive. On y gagne un instinct que rien ne remplace ; on y perd le goût du confort — le velours l’ennuie, elle trouve que ça sent le piège. On reconnaît une Âme de la Rue à ceci : elle compte la salle avant d’y entrer, connaît les deux sorties, et parle au videur comme à un cousin… qui lui doit un service.

Son tempérament

L’Ambitieuse

Elle lit l’affiche de haut en bas, s’arrête à son nom, demande qui est au-dessus ; ce n’est pas une question, c’est un préavis… et un flirt avec le sommet.

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