Les 243 filles

Bronze · Créature de la Nuit

Luna

Elle traverse la nuit les yeux mi-clos, et la recette la suit comme un rêve bien élevé — sans faire de bruit

« Je dors, mais je vous vois. Ne me réveillez pas : éveillée, je m’inquiète, et l’inquiétude, ça ne se facture pas. »
Luna

D’où elle vient

Luna marche en dormant depuis l’enfance. On la retrouvait sur le toit du pavillon familial, bras croisés, paisible, pendant que toute la maison paniquait en pyjama. Les médecins ont dit de condamner les escaliers ; sa grand-mère a dit de lui donner la nuit, puisque la nuit la portait. Éveillée, c’est une jeune femme inquiète qui vérifie trois fois la bouilloire. Endormie, c’est la personne la plus calme de la ville.

Son embauche est un accident célèbre : une nuit, elle a traversé en nuisette un after de la Zone Industrielle, entrée par personne ne sait où, les yeux mi-clos, le pas égal. La salle entière s’est tue. Le patron a engagé l’apparition avant son réveil, et l’école du dancefloor a fait le reste — elle qui enseigne à disparaître dans un stroboscope tenait enfin une élève qui n’avait jamais eu besoin de la leçon.

Sa manière

Son numéro n’en est pas un : entre vingt-deux heures et six heures, Luna dérive dans la salle, lunaire, inatteignable, et la caisse monte à chacun de ses passages — personne en ville ne rapporte davantage par pas. Les clients baissent la voix quand elle approche, comme on baisse une lumière. Le jour, en revanche, ne réservez rien : le soleil la réveille, et éveillée, elle compte les sorties de secours au lieu de les traverser.

Le paradoxe fait le tour des quartiers : une anxieuse au sang-froid de statue. L’explication est simple — elle vérifie tout avant de fermer les yeux. Les listes, les issues, la météo de la marée ; ses catastrophes sont annulées d’avance, il ne reste qu’à dormir au travers. Le soir où le rideau est tombé à deux portes, c’est elle qui a évacué les loges d’un pas de promenade, sans se réveiller — c’est du moins ce que raconte la légende, et personne n’a envie de la corriger. Les nouvelles apprennent ses listes par cœur ; on dort mieux dans les Maisons où Luna a fait l’inventaire.

Ce qui la tient debout

À quatre heures du matin, Luna est au milieu de son rêve, c’est-à-dire au sommet de sa forme : pendant que l’écurie s’écroule, elle fait sa ronde sur les toits, du même pas égal, et le quartier entier dort sous sa garde sans le savoir. Au lever du jour, elle rentre, ferme les volets et dort pour de vrai — profondément, honnêtement, comme quelqu’un qui a déjà tout vérifié. Ce qu’elle veut, elle l’a dit une nuit, les yeux fermés, et quelqu’un a eu la présence d’esprit de le noter : une salle à elle, sans réveil ni fenêtres, avec une loge pour la lune.

Son école

Créature de la Nuit

L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.

Son tempérament

L’Anxieuse

Elle vérifie trois fois la caisse, la sortie de secours et la météo ; ses catastrophes n’arrivent jamais, pour la simple raison qu’elle les a toutes annulées d’avance… et qu’elle a besoin qu’on le lui dise.

Dans la même cour