Gold · Reine du Comptoir
Fortuna
Elle lit dans les cartes que vous serez généreux ce soir ; les cartes se trompent rarement quand c’est elle qui les range.
« Je vois… un homme au grand cœur, là, juste en face de moi. Ne me fais pas mentir, j’ai une réputation. »
D’où elle vient
Elle a grandi dans une roulotte de foire, entre une mère qui lisait les lignes de la main et un oncle qui les effaçait au bonneteau. Diseuse à douze ans, elle a vite compris le vrai métier : on ne prédit pas l’avenir, on le suggère — et les gens sont d’une docilité touchante avec leur propre destin. Quand la foire a fermé, elle a déménagé sa boule de cristal derrière un comptoir de la Rue de la Soif, où ses prédictions ont trouvé leur public naturel : des gens qui veulent croire, avec de quoi financer leur foi. Une Maison l’a engagée le soir où elle a annoncé une descente de la Brigade avec vingt minutes d’avance. Les cartes, jurait-elle. La fenêtre, surtout : elle donne sur la rue.
Sa manière
Tout chez elle tinte : la coiffe à pièces d’or, le rire, les prédictions. Elle tire les cartes au comptoir entre deux commandes, et ses tirages ont une orientation remarquable — l’as de deniers sort pour les hésitants, l’amoureux pour les esseulés, et la roue de fortune pour tout le monde, parce que c’est la sienne. Le client repart persuadé d’avoir un destin, ce qui est le premier pas pour en financer un.
Sa signature fait le reste : dans son périmètre, les Généreux se multiplient comme s’ils s’étaient donné rendez-vous, et de temps en temps un VIP pousse la porte « par hasard » — elle avait prédit le hasard la veille. Le mécanisme n’appartient qu’à elle, mais l’effet se décrit : un homme à qui l’on annonce une aura de grand seigneur se met à donner des pourboires de grand seigneur, pour ne pas décevoir son aura. Sa faiblesse est au dos de la carte : le sang-froid. Quand une vraie surprise arrive — une qui n’était pas dans son jeu — elle pousse un cri de foire entière, et il faut lui tenir la main jusqu’à la fin de l’averse.
Ce qui la tient debout
Une théologie de comptoir : la chance existe, mais elle est timide — il faut lui tendre des perches, des tapis rouges, des escaliers. Alors elle en tend partout : une pièce sous le tabouret d’un habitué, une carte à jouer glissée dans une poche de manteau, un horoscope truqué punaisé aux lavabos. Le quartier entier joue à un jeu dont elle seule connaît la règle, et le quartier gagne étrangement souvent. Ce qu’elle veut : qu’une seule de ses prédictions se réalise sans son aide. Elle attend ça comme d’autres attendent l’amour — en trichant un peu, pour patienter.
Son école
Reine du Comptoir
Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.
Son tempérament
La Farceuse
Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.



