Bronze · Reine du Comptoir
Fizz
Pas une goutte d’alcool à son comptoir, et pourtant tout le gratin de la nuit en ressort pétillant
« Je sers pas d’alcool, je sers des débuts de soirée. C’est plus fort, et y a pas de migraine — enfin, pas pour moi. »
D’où elle vient
Le comptoir à limonades de Fizz est planté à l’entrée de la Rue de la Soif, exactement là où la ville hésite encore entre rentrer sagement et faire des bêtises. C’est elle qui a choisi l’emplacement, du haut de ses taches de rousseur : un sas, disait-elle, il faut un sas — on ne plonge pas dans la nuit chic sans paliers de décompression. Elle a démarré avec trois sirops et un siphon d’eau de Seltz chromé, hérité d’un oncle forain. Le siphon est devenu célèbre. Elle aussi, dans la foulée.
Sa manière
Chez Fizz, on passe avant, on repasse après, et entre les deux on lui raconte tout. Elle tient son comptoir en reine : les habitués ont leur verre marqué, les nouveaux ont droit au grand jeu — débit de mitraillette joyeuse, jet de Seltz dégainé comme au western, surnom attribué d’office et à vie. Les confidences pétillent avec le reste, et de temps en temps, dans le flot des passants, elle flaire un très gros poisson et le pousse doucement vers la bonne enseigne. Une bulle bien placée, ça remonte toujours.
Ce qui la tient debout
Le jeu, tout le temps, partout : Fizz ne travaille pas, elle joue à travailler, et c’est pour ça qu’elle ne s’use pas. Ses farces sont recensées, datées, parfois assurées. Mais derrière le siphon, l’œil est sérieux : elle voit passer toute la jeunesse de la ville, et elle sait avant tout le monde qui a l’étincelle et qui n’a que la soif. Les Maisons envoient des émissaires lui demander son avis ; elle le vend contre des fous rires, ce qui est son taux de change officiel. Ses heures creuses n’existent pas : elle les a remplacées par des répétitions générales.
Son école
Reine du Comptoir
Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.
Son tempérament
La Farceuse
Elle glisse un faux cafard dans la caisse et un vrai fou rire dans l’équipe ; à quatre heures du matin, c’est elle qui tient tout le monde debout… et le Boss un peu sur les nerfs, dans le bon sens.



