Les 243 filles

Bronze · Créature de la Nuit

Bettie

Sa photo est arrivée en ville bien avant elle ; depuis, elle passe encaisser ce que chaque copie lui doit

« Volez mon image, je vous en prie. Je fais payer le tirage, la pose et le souvenir. Surtout le souvenir. »
Bettie

D’où elle vient

Les photos de Bettie circulaient sous le manteau bien avant qu’elle ne descende du train : tirages recuits dans des arrière-boutiques, punaisés dans les cabines des routiers, glissés entre deux pages de magazines respectables. Personne ne savait son nom ; tout le monde connaissait la frange arrondie et la bouche rouge sang. Quand elle a fini par arriver en ville, elle n’a pas eu besoin de se présenter. Elle a juste demandé qui vendait, et combien.

Là où une autre aurait crié au vol, Bettie a sorti un carnet. Elle a recensé les copies, estimé les marges, noté les adresses. Son visage travaillait pour d’autres depuis des années ; elle est venue reprendre la caisse. Les imprimeurs clandestins la saluent bas, maintenant. C’est plus prudent, et c’est mérité.

Sa manière

Elle travaille aux heures où les clubs baissent la lumière et montent les prix. Une pose calculée au millimètre, le porte-cigarette laqué qu’elle n’allume jamais, un regard charbonneux qui dure exactement une seconde de trop : les portefeuilles s’ouvrent tout seuls, et plus grand que prévu. Bettie ne demande rien — elle laisse le client se convaincre qu’être généreux avec elle, c’est entrer dans la photo. Beaucoup paient très cher pour ce privilège d’archive.

Ce qui la tient debout

L’ambition, chez Bettie, a la patience d’un négatif : tout est déjà là, il n’y a plus qu’à développer. Elle vise le sommet et considère chaque copie pirate comme une avance sur sa légende. Ses heures creuses, elle les passe à classer ses propres images, à trier ce qui restera de ce qui brûlera. Et elle a l’œil pour les visages des autres, aussi : dans les files d’attente des clubs, elle repère au premier regard celles dont la photo, un jour, circulera sous le manteau.

Son école

Créature de la Nuit

L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.

Son tempérament

L’Ambitieuse

Elle lit l’affiche de haut en bas, s’arrête à son nom, demande qui est au-dessus ; ce n’est pas une question, c’est un préavis… et un flirt avec le sommet.

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