Platinum · Créature de la Nuit
Bastet
Aucune porte ne se souvient de l’avoir laissée passer, et aucun ennui ne retrouve jamais son adresse
« Neuf vies, c’est exact. Je n’en ai encore entamé aucune. Je les garde pour la retraite. »
D’où elle vient
On sait d’elle ce que les chats veulent bien dire, c’est-à-dire rien. Elle est apparue dans le Centre-ville un soir de canicule, frange noire impeccable, yeux verts fendus, et les chats de gouttière du quartier — qui ne suivent personne — se sont mis à la suivre en cortège. Un antiquaire affirme avoir vu son visage exact sur une statuette vieille de trois mille ans ; il a voulu la lui vendre, elle a souri, et il jure qu’à ce moment-là la statuette a disparu de la vitrine. Elle n’a jamais démenti. Démentir, c’est déjà répondre.
Sa manière
Bastet travaille aux heures feutrées, entre la fermeture des clubs et l’aube, là où les serrures s’ennuient. Elle entre où elle veut, ressort quand elle veut, et les endroits visités mettent des jours à s’apercevoir qu’ils l’ont été. Quand une affaire tourne court malgré tout, la note finale est toujours étrangement légère : les représailles s’égarent en chemin, les plaintes se perdent, les témoins se souviennent d’un chat. Les escouades se disputent sa présence comme un talisman, et elle choisit ses expéditions comme on choisit un rebord de fenêtre : au soleil, et avec vue.
Ce qui la tient debout
Son flegme n’est pas une carapace, c’est une conviction : rien ne mérite qu’on coure, sauf éventuellement une porte qui se referme. Elle dort ses journées entières dans des carrés de soleil dont elle a le secret, sur les toits de la Maison ou le rebord d’une fenêtre amie, un œil mi-clos sur la rue — car même endormie, elle guette, et le district a fini par compter là-dessus. Ceux qui la croient indifférente confondent l’indifférence et l’économie : elle n’accorde d’attention qu’à ce qui bouge, et dans cette ville, tout finit par bouger.
Son école
Créature de la Nuit
L’école du dancefloor n’a pas de manuel : elle a un tempo. On y apprend à lire une salle comme une météo — quand elle monte, quand elle cale, quand il faut couper les basses pour la faire redemander. On y apprend à disparaître dans un stroboscope et à réapparaître exactement où on veut. Ce qu’on y perd : les matins, définitivement, et un peu la notion de semaine. On reconnaît une Créature de la Nuit à ses lunettes noires à quatre heures du matin — pas par pose : par prescription. Et au fait que le cash suit le beat.
Son tempérament
La Cool
Elle a vu brûler deux clubs et un mariage sans poser son verre ; à quatre heures du matin, c’est elle qui note l’heure et demande si on rejoue… ou si on rentre ensemble.



