Les 243 filles

Gold · Âme de la Rue

Baronne

Son titre est faux, mais essayez donc de le lui dire devant un commissaire qui lui doit un dîner

« On ne naît pas baronne, on le devient. C’est même beaucoup plus solide dans ce sens-là. »
Baronne

D’où elle vient

Le blason est inventé, les armoiries dessinées un soir de pluie sur un coin de nappe, et la particule prise au culot. Mais Baronne vient d’un faubourg où l’on sait que les papiers comptent moins que les tables : elle a passé quinze ans à nourrir la ville qui décide — commissaires fatigués, adjoints en campagne, juges de nuit qui ne dorment jamais. Tous ont un jour posé leurs coudes chez elle, mangé chaud, parlé trop. Elle n’a rien noté ; elle a tout retenu. Le titre est venu après, comme une politesse que la ville lui rendait.

Sa manière

Elle travaille le trottoir comme d’autres tiennent un salon : à pied, en tailleur pied-de-poule, saluée de porte en porte. Dans son district, la marée monte comme partout — mais elle redescend curieusement avant d’avoir mouillé qui que ce soit. Un coup de fil passé du bar-tabac, un prénom glissé au bon uniforme, et les ennuis changent de rue. Les siennes travaillent tranquilles ; les autres écuries paient des avocats, elle paie des dîners.

Sa broche en or terni fait office de sceau : quand elle la tapote en parlant, c’est que l’affaire est réglée en haut lieu et qu’il serait vulgaire d’insister. Personne n’a jamais vérifié les armoiries. Personne n’y tient vraiment.

Ce qui la tient debout

La faim, chez elle, ne porte pas sur l’argent : elle veut le rang, le vrai, celui qu’aucune nappe brodée ne donne. Un district ne lui suffit plus ; elle apprend déjà les noms qui comptent dans les trois d’à côté. Aux heures creuses, elle monte sur les toits de son faubourg avec des jumelles de théâtre et regarde qui entre où — guetter est chez elle un plaisir d’aristocrate, la chasse à courre en moins cher. Et si une de ses protégées trébuche, la ville entière apprend dans l’heure qu’on ne touche pas à la table de Baronne.

Son école

Âme de la Rue

L’école de la rue enseigne une seule matière : les gens, en version non maquillée. Tenir un cercle de badauds avec deux gobelets et une histoire, lire une poche, sentir une embrouille trois minutes avant qu’elle arrive. On y gagne un instinct que rien ne remplace ; on y perd le goût du confort — le velours l’ennuie, elle trouve que ça sent le piège. On reconnaît une Âme de la Rue à ceci : elle compte la salle avant d’y entrer, connaît les deux sorties, et parle au videur comme à un cousin… qui lui doit un service.

Son tempérament

L’Ambitieuse

Elle lit l’affiche de haut en bas, s’arrête à son nom, demande qui est au-dessus ; ce n’est pas une question, c’est un préavis… et un flirt avec le sommet.

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