Les 243 filles

Platinum · Reine du Comptoir

Amaterasu

Toute la ville vit la nuit ; elle a décrété qu’ici il ferait jour, et la ville s’est inclinée

« Une fois, j’ai fermé pour bouder. La rue a cru à une éclipse. Depuis, personne ne me contrarie avant l’apéritif. »
Amaterasu

D’où elle vient

Son bar ouvre à l’aube et ferme au crépuscule, à contre-courant de toute la ville, et personne ne se souvient l’avoir vu ouvrir pour la première fois : un matin, la lumière était là, le café aussi, et elle derrière le zinc, disque d’or derrière la coiffure, avec l’air d’avoir toujours précédé tout le monde. La légende du quartier raconte qu’un hiver, vexée par un habitué, elle s’est enfermée dans sa cave et que la rue entière a passé trois jours sous un ciel de plomb. Coïncidence météorologique, disent les raisonnables. Les raisonnables, on le note, saluent très bas en entrant.

Sa manière

Chez elle, le jour rapporte plus que la nuit partout ailleurs. Les habitués arrivent avec le soleil : ouvriers de la zone Industrielle en fin de poste, noctambules qui atterrissent, patrons qui traitent leurs affaires à l’heure où les concurrents dorment. Elle règne sur le comptoir en souveraine de plein droit, recueille les confidences avec le café et rend les verdicts avec l’addition.

Sa seule présence chauffe la salle : sous son toit, les filles travaillent le cœur léger, comme rechargées à sa lumière, et les clients s’attardent sans savoir pourquoi ils vont mieux. On ne baisse pas les yeux devant elle — on ne peut simplement pas les lever trop longtemps.

Ce qui la tient debout

Amaterasu est une diva au sens astronomique : elle ne demande pas d’être admirée, elle constate qu’on l’admire, et tient l’univers pour globalement bien fait puisqu’elle en occupe le centre. Ses heures creuses sont celles des autres — la nuit — qu’elle passe sur son balcon à surveiller sa rue endormie, recensant qui rentre, qui traîne, qui ment sur ses horaires. Ses filles, elle les tient comme une constellation : chacune à sa place, aucune dans son ombre, et malheur au nuage qui s’interpose.

Son école

Reine du Comptoir

Le comptoir est une école de mémoire et de patience. On y apprend les prénoms, les commandes, les chagrins ; l’art de transformer un inconnu en habitué et un habitué en famille. On y apprend surtout à écouter — vraiment, en essuyant un verre, sans jamais avoir l’air d’attendre la fin. Ce qu’on y perd : ses soirées, et l’illusion que les gens sont compliqués. On reconnaît une Reine du Comptoir à ceci : elle essuie ce qui est déjà propre, se souvient de ta commande d’il y a deux ans, et ferme la caisse sans la regarder… pendant que tu la regardes, toi.

Son tempérament

La Diva

Elle exige la plus grande loge, la lumière la plus chaude et le silence quand elle entre ; le pire, c’est qu’une fois sur scène, elle rembourse tout, avec intérêts… et un regard qui dit « tu me dois encore ».

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